Il a coulé beaucoup d'eau sous le pont Mirabeau où paresse la Seine depuis qu'un "cyberpote" se soit risqué à poster sous cette rubrique gastronomique et me voilà amené à la faire, puisque je l'ai annoncé hier. Chose promise, chose due !
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De la barque à fond plat au Yacht luxueusement ancré dans le port de Saint-Tropez, de la deuche disparue à la luxueuse Ferrari au volant de laquelle drague sur la Croisette un minet héritier d'une grosse fortune, il y a un monde ; comme il y a un monde entre la gargote où l'on s'arrête au plat du jour pour s'alimenter et l'étoilé Michelin où se sustentent les bourgeois, peu soucieux du temps qu'il leur faudra pour émoustiller leurs délicats palais ...
C'est dans ce rôle de bourgeois en goguette que je me suis égaré "Au cerf", établissement de haute réputation, étoilé Michelin de Marlenheim, village qui, comme chacun ne le sait pas, se situe dans la grande banlieue de Strasbourg.
Chacun pourra par google interposé, disposer de l'image extérieure et intérieure de l'établissement ; en résumé, un bâtiment de ferme alsacienne cossue du XIX ème siècle élégamment aménagée, avec sa cour intérieure ombragée où déjà sont installés quelques convives.
Nous entrons dans la salle à manger, vaste, feutrée comme un murmure ... Décor de tableaux illustrant la vie de la vieille Alsace, celle si folklorique et qui, hélas, n'existe plus qu'aux fêtes de tradition.
Nous nous installons. Tout est calme et sérénité. Service attentionné, discret ... si loin des ambiances de cantines bruyantes que parfois nous subissons au restaurant.
Au départ, je m'étais dit : "Robert, ce truc là n'est pas pour toi" ... cependant que je me surprends à apprécier le luxe feutré du lieu et j'ai le sentiment d'avoir changé de condition sociale et d'être soudainement devenu roi !
Un LOUIS XIV dont le soleil se serait égaré au XXI ème siècle. Roi, qui a oublié soudain les misères du monde, les catastrophes climatiques, les enfants qui là-bas meurent de faim, les migrants qui chavirent et se noient dans les mers ... Et je comprends soudain le mécanisme par lequel le président Macron se prend à présent pour Dieu ! Pardieu !
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Nous choisissons notre menu dont l'énoncé n'est pas précisément menu.
C'est le menu de base de l'établissement, et il s'intitule "menu plaisir", tout un programme.
Et je ne démentirai pas cette vérité : Bien manger est un plaisir.
Je ne me cache pas d'aimer aussi notre langue si souple et allègre, partout à l'aise. Et pour clore ce propos, sans doute trop long, je vais l'alourdir de l'énoncé verbal des plats que j'ai choisis, avec l'illustration photographique d'accompagnement qui s'impose, histoire de vous faire saliver plus complètement.
Un moment de honte est, dit-on, vite oublié !
1) Le foie gras de canard d'Alsace en gelée de melon, jambon de cochon laineux et chutney au melon, tuiles croustillantes et gel au Gewurtztraminer ... (
qu'en termes délicats ces choses là sont dites !)
2) L'épaule d'agneau confite, grenaille de Noirmoutier rôties à l'ail nouveau, cannelloni de caviar d'aubergines
3) Le vacherin à notre façon , minestrone de fruits exotiques.
